• Jane: Chapitre 1

    À travers la vitre de sa chambre, Jane voyait son reflet légèrement transparent et observait les gouttes de pluies qui tombaient en trombe. Les nuages grisâtres reflétaient le peu d’animation qui la hantait. Malgré tout, elle se plaisait à regarder les gouttes tomber ; Pour elle, c’était l’équivalent de perles de verres qui se déversaient sur le pays. Elle était consciente que cette vision fut enfantine et savait parfaitement la version scientifique, mais cette idée la soignait de sa triste vie.

    Lassée, la jeune fille s’installa sur son lit et se blottit sous sa couette. Elle en avait marre. Elle se demandait souvent s’il y avait un endroit sur cette Terre qui ne lui était pas hostile. S’il y avait quelqu’un quelque part qui ne lui était pas destiné, qui changerait un jour sa vision du monde. Ses parents ne faisaient jamais attention à elle et Jane disait à qui voulait l’entendre que c’était cool – bien qu’elle n’eut personne pour l’écouter – mais elle en souffrait beaucoup. En fait, la seule chose qu’ils lui avaient offerte avec un peu d’amour était un ours en peluche qu’elle avait jeté suite à une énorme dispute. Elle le regrettait un peu car elle aurait pu lui attribuer une âme, voir en lui un compagnon qu’elle aurait adopté. Quand votre seul appui est un truc tricoté à l’effigie d’un petit animal doux, eh bien on le prend et on le laisse absorber toutes vos larmes. Et le seul ami qu’elle aurait pu avoir, aussi inanimé soit-il, elle l’avait jeté parce qu’il provenait de personnes qu’elle avait cessé d’aimer.

    Alors elle était seule, toujours. Elle marchait seule, écrivait ses cours seule, mangeait seule, passait inaperçue. Jane était discrète et ne montrait jamais ses sentiments. Alors elle était le sujet de beaucoup d’interrogations, mais peu lui importait. Dans son collège, il arrivait que l’on se moque d’elle mais c’était toujours les mêmes, qui le faisaient à tout le monde ; elle n’en était donc pas importunée. Jane faisait ses devoirs, était ni bonne ni mauvaise élève. Et n’avait jamais connu l’amour, n’avait jamais pu, et n’avait jamais voulu le connaitre.

    Elle se regarda dans le miroir, prenant le temps de se détailler. Ses cheveux trop roux ébouriffés tombaient dans son maigre dos. Une partie des mèches cachaient des yeux marron d’une banalité sans précédent ; Son nez était trop rond, surmontait des lèvres fines quasi inexistantes. Quant à son corps, il était sans forme, maigre et les côtes saillaient ; Il arrivait à Jane de bénir les vêtements qui masquaient la laideur de sa peau uniformément blanche. Les jours de sport, dans les vestiaires, elle avait un petit coin à elle, légèrement masqué par le mur. Jane en profitait bien.

    C’était le week-end et comme à son habitude, la jeune fille ruminait des pensées. Elle était assez intelligente pour ne pas non plus en faire une 3e guerre mondiale et s’attirer ainsi une compassion internationale, mais sa solitude lui pesait. La solitude pesait à tout le monde, c’était une toile d’araignée qui vous engluait et qui suscitait rires et messes basses quand on tentait d’en réchapper. C’était une spirale infinie.

    Il fallait attendre.


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